Selon l’Autorité de régulation des communications (Baromètre du numérique « équipement et usages » 2021, ARCEP), 84% des personnes âgées de douze ans et plus utilisent un téléphone portable. Par ailleurs, l’acquisition du premier téléphone portable est de plus en plus précoce : 41% des filles contre 30% des garçons de moins de 25 ans ont eu leur premier téléphone mobile avant 12 ans.

Ces chiffres reflètent bien le raz-de-marée technologique qui s’est emparé de toute la population et plus particulièrement des jeunes. Sur un sujet pour lequel on manque encore de recul, le bon sens et le principe de précaution restent de mises.

A tout âge, des risques peuvent être associés aux usages numériques excessifs.

Pour les enfants et les adolescents, le temps passé devant un écran peut empiéter sur des apprentissages essentiels à leur développement physique, psychique et social. Un usage excessif peut avoir des conséquences sur le développement du cerveau des enfants, leur apprentissage des compétences fondamentales et leur capacité d’attention. Afin de protéger les enfants et leur bien-être, l’entourage doit être vigilant et s’assurer du bon usage des écrans. Concernant les adultes, la porosité entre l’usage personnel et professionnel des écrans, accentuée par le développement du télétravail, peut provoquer des impacts négatifs sur le bien-être et la santé mentale. Par ailleurs, quel que soit l’âge, la pratique des jeux vidéo peut devenir problématique lorsqu’elle est associée à une perte de contrôle et affecte les autres domaines de la vie du joueur.

La limitation du temps d’écrans, la promotion d’un bon usage des écrans et de la parentalité numérique sont devenues des objectifs partagés par plusieurs politiques publiques – éducation et réussite scolaire, santé et soutien aux familles.

 

Chiffres clés

 

- 90% des 12-17 ans déclarent posséder un téléphone mobile. L’écart est cependant sensible entre les 12-14 ans (81% d’équipement) et les 15-17 ans (99%) (Source : Baromètre du numérique, 2019, ARCEP)
- Selon une enquête Ipsos (Junior’s connect 2017), les 13-19 ans passaient en moyenne 15 h 11 par semaine sur Internet en 2017, soit 1 h 41 de plus qu’en 2015. Les plus jeunes sont également concernés puisque les 7-12 ans passent en moyenne 6h10 sur le Web par semaine (soit 45 minutes supplémentaires par rapport à 2015) et les 1-6 ans 4h37 (soit 55 minutes supplémentaires par rapport à 2015).
- Selon l’enquête Ipsos (Junior Connect’ 2018), sur leur smartphone, les 7-12 ans plébiscitent les applications de jeux ; les 13-19 ans diversifient fortement les usages : réseaux sociaux et messageries, musique, vidéos… Parmi les plateformes, Youtube se maintient au premier rang, désormais suivi de Snapchat qui poursuit une progression, y compris auprès des 7-12 ans.
- 8 français sur 10 sont conscients de ne pas maîtriser leurs usages d’écrans sans pour autant être en mesure de les changer (Source : Baromètre MILDECA/Harris Interactive 2021 [1])
- 24% des français déclarent consommer davantage de confiseries, sodas et snacks pendant leurs activités numériques (Source : Baromètre MILDECA/Harris Interactive 2021 [1])
- A 15 ans, 5% des garçons et 15% des filles ont un usage problématiques des réseaux sociaux (Source : Résultats de l’enquête internationale Health behaviour in school-aged children (HBSC) et EnCLASS France, OFDT, 2018)

 

L’intérêt d’une limitation des temps d’exposition aux écrans

Les écrans favorisent certains apprentissages ; ils permettent l’accès à des savoirs et sont source de divertissement. Leur usage chez les plus jeunes doit être accompagné, des moments pour d’autres apprentissages psychomoteurs et relationnels ménagés, et des temps de calme et de sommeil préservés.

Si on ne peut pas parler d’addiction ou de dépendance au sens strict, il convient toutefois de rester vigilant pour qu’une pratique excessive de l’enfant ne devienne pathologique à l’âge adulte ou soit la manifestation d’autres problématiques.

La reconnaissance de ces usages problématiques (soit en termes de temps passé ou d’activité effectuée) fait aujourd’hui l’objet d’un consensus scientifique.

La publication du Haut Conseil de la santé publique « Analyse des données scientifiques : effet de l’exposition des enfants et des jeunes aux écrans [2] » en janvier 2020 fournit une revue de littérature complète et synthétique, sur le sujet et sur les risques potentiels induits par une surexposition d’écrans sur la santé et le bien-être des enfants et des jeunes tout en reconnaissant certains bienfaits.

Selon des données scientifiques actuelles, le temps passé devant un écran peut être corrélé à une forme physique moins bonne et à des problèmes de santé mentale et de développement social. Une pratique excessive peut avoir des conséquences :

  • sur le développement du cerveau et de l’apprentissage des compétences fondamentales : les enfants surexposés aux écrans ont plus de risques de souffrir d’un retard de langage que les autres. Une exposition précoce aux écrans des très jeunes enfants, dès leurs premiers mois de vie, est une distraction qui pourrait avoir des conséquences sur leur développement cognitif ;
  • sur les capacités d’attention et de concentration : ceci est vrai même si l’enfant se trouve dans une pièce avec la télévision allumée sans qu’il la regarde ;
  • sur le bien-être et l’équilibre des enfants : au-delà de quatre heures par jour, le risque de voir apparaître des problèmes émotionnels et une mauvaise estime de soi seraient notamment considérablement accrus. Ce temps passé devant les écrans empièterait en outre sur le temps consacré à d’autres activités récréatives (sport, jeu avec des amis), qui sont essentielles et ont un impact positif reconnu sur le bien-être des enfants ;
  • sur le comportement : un changement de comportement chez l’enfant ou l’adolescent (changement d’humeur, agitation, forte fatigue diurne, isolement, agressivité...) peut être le signe d’un comportement « addictif » au numérique ;
  • sur la santé : une surconsommation d’écrans contribue à réduire le temps consacré aux activités physiques et peut favoriser la tendance au grignotage. La conjonction des deux peut alors entraîner une prise de poids, voire une obésité. L’usage excessif des écrans peut être également responsable d’un manque chronique de sommeil.

A noter que de plus en plus d’études montrent par ailleurs qu’il est important de considérer l’environnement social, le type et/ou l’absence d’interaction social pour expliquer certains retards de développement.

En Amérique du Nord et en Europe, plusieurs directions de santé publique et associations de pédiatre ont formulé des recommandations concernant l’exposition des enfants aux écrans. Par exemple, la société canadienne de pédiatrie [3] recommande d’éviter toute exposition avant deux ans, de limiter le temps passé devant un écran à moins d’une heure par jour entre deux et quatre ans, à deux par jours pour les enfants et jeunes de 5 à 17 ans. La société canadienne de pédiatrie a par ailleurs publié un état des lieux complet sur les bienfaits et les risques liés aux écrans avec « Les médias numériques : la promotion d’une saine utilisation des écrans chez les enfants d’âge scolaire et les adolescents [4] ».

La publication "Caring for Our Children - National Health and Safety Performance Standards Guidelines for Early Care and Education Programs [5]" soutenue par l’académie américaine de pédiatres recommande de ne pas exposer les enfants de moins de 2 ans aux écrans, entre 2 et 5 ans, une heure maximum par jour peut être possible dans un but éducatif précis et en présence d’un adulte pouvant favoriser leur apprentissage, et pour les enfants de plus de 5 ans, est reconnu qu’ils peuvent avoir besoin des médias numériques pour faire leurs devoirs. La publication met surtout en exergue l’importance de promouvoir l’activité physique dès le plus jeune âge.

En France, la communication sur des repères (notamment règle des 3-6-9-12, voir encadré) s’accompagne du message selon lequel il s’agit surtout de parvenir à un accord, dans un dialogue avec les enfants, sur l’intérêt de limiter l’usage des écrans, en mesurant et limitant le temps passé.

 

Règle des 3-6-9-12 à destination des parents, développée par Serge Tisseron [6]

 

Avant 3 ans : évitez la télévision et les écrans non interactifs car ils contribuent à renforcer la passivité des jeunes enfants et à les éloigner de ceux dont ils ont fondamentalement besoin à cet âge : interagir avec leur environnement en utilisant leurs sens (toucher, voir, entendre, bouger, etc.). Les tablettes tactiles, interactives par nature, peuvent être introduites mais ne doivent en aucun cas se substituer aux jeux traditionnels ni être manipulées par les enfants sans accompagnement.

 

A partir de 3 ans, la télévision peut être introduite mais avec modération. A cet âge, l’enfant renforce ses acquisitions et commence son apprentissage de l’autorégulation. Les limites imposées au temps d’écran doivent en faire partie : de 1/2H à 3 ans à 1 heure maximum par jour à 6 ans. L’écran est un temps de partage avec un parent.
Jamais d’écran dans la chambre, les écrans doivent être dans une pièce commune. Evitez aussi de les utiliser le soir (les LED perturbent les rythmes de sommeil), à table ou pour calmer l’enfant.

 

Entre 3 et 6 ans : n’offrez pas de console de jeu personnelle à votre enfant. Evitez également de placer un ordinateur ou un poste de télévision dans la chambre de votre enfant. Limitez le temps d’écran en fixant des règles claires sur le moment durant lequel ils peuvent être utilisés et la durée d’utilisation. Privilégiez le jeu à plusieurs ou en famille plutôt que de laisser votre enfant seul face à son écran, au risque que son attitude devienne compulsive et qu’il se réfugie dans les écrans pour fuir le monde réel.

 

Entre 6 et 9 ans : fixez un temps d’écran autorisé et laissez la liberté à l’enfant de le répartir comme il le souhaite. Veillez à ce qu’il continue à consacrer du temps à des activités hors écrans. Commencez à lui parler de la notion de droit à l’image et de droit à l’intimité.

 

A partir de 9 ans : initiez votre enfant à Internet. Accompagnez-le dans cette découverte et expliquez-lui les dangers d’Internet en insistant notamment sur le fait que tout ce qui est mis sur le web peut tomber dans le domaine public, ne peut pas être effacé et n’est pas nécessairement vrai. Continuez à fixer une durée autorisée en laissant l’enfant la répartir comme il souhaite entre les différents écrans. Informez-le de l’âge à partir duquel il pourra disposer de son propre téléphone portable.

 

Après 12 ans : vous pouvez laisser votre enfant naviguer seul sur le web à condition qu’il ait bien intégré les risques liés à cette pratique et que vous définissiez un cadre : fixez ensemble les moments de connexion autorisés (en évitant les connexions nocturnes et illimitées depuis sa chambre), informez-le sur les dangers de la pornographie et du harcèlement, discutez avec lui de ce que la loi autorise en terme de téléchargement, apprenez-lui à respecter la signalétique PEGI (Pan European Game Information) qui attribue à chaque jeu un âge spécifique.

 

Les jeux vidéos

Les jeux vidéo représentent l’un des loisirs les plus partagés par le grand public et 73% des Français y jouent occasionnellement [7]. Initialement à destination des plus jeunes générations à l’époque des consoles de salon, le jeu vidéo, avec, à la fois l’apparition du smartphone et des réseaux sociaux, a connu une véritable mutation pour toucher de nouveaux publics. L’âge moyen du joueur de jeu vidéo est de 39 ans [7].

Cependant, en parallèle de l’usage récréatif de la part de la majorité du public, certaines pratiques deviennent problématiques.

En effet, depuis juillet 2018, le gaming disorder, intégré dans le DSM-5 en 2013 est reconnu par l’OMS qui l’a intégré dans la classification mondiale des maladies (CIM) : le trouble du jeu vidéo, se caractérise par un comportement de jeu persistant ou récurrent qui peut être en ligne ou hors ligne, qui, pour une période d’au moins douze mois, se manifeste par une altération du contrôle du jeu, l’augmentation de la priorité accordée au jeu ainsi que la poursuite ou l’escalade du jeu malgré l’apparition de conséquences négatives. L’assemblée mondiale de la Santé qui a eu lieu en mai 2019 a entériné la reconnaissance d’un trouble du jeu vidéo dans la classification mondiale des maladies, le CIM-11, qui entre en vigueur en janvier 2022.

 

Chiffres clés

 

- un élève sur huit aurait un usage problématique des jeux vidéo [8]

- 39 ans est l’âge moyen du joueur de jeux vidéo en France en 2021

 

En Europe, les conditionnements des jeux vidéo disposent d’une série de logos, approuvés par les pouvoirs publics, permettant diverses mises en garde et d’adapter les contenus en fonction de l’âge des enfants (système PEGI [9]). Certains éditeurs ont également introduit, au sein même des scenarios, des messages d’alerte passé un certain temps de jeux.

La direction générale de la cohésion sociale participe, aux côtés de l’Union nationale des associations familiales (UNAF) et du syndicat des éditeurs de logiciels de loisirs (SELL) à l’animation d’une plateforme d’information et de prévention www.pedagojeux.fr [10].

Les liens avec les jeux de hasard et d’argent sont par ailleurs à surveiller. Le développement de l’e-sport intéresse les sociétés spécialisées dans les paris en ligne qui voient dans cette nouvelle forme de compétitions un marché d’avenir.