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Méthadone

16/11/2015

Opiacé de synthèse, d'action pharmacologique voisine de celle de la morphine, prescrit dans le cadre de traitements de substitution des héroïnomanies.

La méthadone a été synthétisée en Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale, pour pallier au manque en morphine. C'est en 1946 qu'elle fut étudiée aux États-Unis, à l'hôpital de Lexington (Kentucky). Dès cette époque, on montra qu'elle permettait de traiter efficacement les manifestations de manque en morphine. Jusqu'au début des années 1960, la méthadone ne fut utilisée que pour faciliter le sevrage en opiacés, sous forme de cures brèves, à doses dégressives. Au début des années 1960, la mortalité liée à l'héroïnomanie constituait la première cause de mortalité chez les jeunes New-Yorkais de 15 à 35 ans. Les cas d'hépatites se multipliaient, le nombre des incarcérations allaient croissant, alors même que les établissements pénitentiaires ne pouvaient proposer de soins médicaux efficaces aux toxicomanes.

En 1962, la présidence du Narcotics Committee of the Health Research Council de New York fut confiée à un médecin spécialiste des maladies métaboliques, Vincent P. Dole, qui fut mandaté pour créer une unité de recherche destinée à étudier l'intérêt des traitements de substitution aux opiacés. Dole prit connaissance d'un ouvrage novateur (The Drug Addict as a Patient), publié en 1956 par Marie Nyswander (1919-1986), médecin psychiatre spécialisé dans la prise en charge des héroïnomanes. Dole et Nyswander développèrent, avec le concours d'un autre médecin, Mary Kreek, les premiers travaux scientifiques relatifs aux possibilités de traitement par substitution chez les héroïnomanes.

La méthadone fut retenue à cette fin, parce qu'elle s'administrait par voie orale et, surtout, parce qu'elle avait une action suffisamment prolongée. Elle fut d'abord prescrite à des sujets ayant bénéficié d'un traitement de maintenance par morphine. Dole, Nyswander et Kreek montrèrent qu'une posologie quotidienne comprise entre 80 et 120 mg permettait aux patients de mener une existence socialement acceptable et bloquait les effets des drogues opiacées qu'ils étaient susceptibles de s'injecter ; ce traitement pouvait être prolongé de façon quasi indéfinie dans le temps et, surtout, supprimait tout risque de manque.

Contre l'avis de Dole et de Nyswander, les programmes " méthadone " se multiplièrent dans l'Amérique des années 1970. Le gouvernement Nixon, préoccupé par l'augmentation de la délinquance, initia en juin 1971 une politique fédérale autorisant un emploi large de la méthadone. Dès 1973, plus de 80 000 Américains utilisaient quotidiennement le produit. Dans un tel contexte, le détournement du médicament fut massif, alors même que la Food and Drug Administration ne disposait pas encore d'études statistiquement validées lui permettant de conférer le statut de médicament à la méthadone. Du fait du manque de personnel qualifié et du désinvestissement dans le suivi psychologique des patients, de nombreux dérapages donnèrent prise à des critiques acerbes de la méthode. Malgré tout, les résultats globaux furent satisfaisants. L'expérience d'alors est à l'origine des traitements de substitution développés aujourd'hui dans la plupart des pays.

Pharmacologie

La méthadone est un agoniste opiacé, comme la morphine ou l'héroïne, et en possède donc toutes les propriétés pharmacologiques. Elle exerce un effet sédatif, analgésique et antitussif par action sur le cerveau, atténue les réflexes émétiques (mais, comme les autres opiacés, elle est initialement émétisante chez les sujets non accoutumés) et provoque un ralentissement du rythme respiratoire et parfois un myosis.

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