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Dépendance

16/11/2015

L'usage veut que l'on désigne ainsi la situation d'assujettissement d'un individu à la prise d'une drogue : l'interruption de cette dernière pratique entraîne un malaise psychique, voire physique, qui incline le sujet à pérenniser sa consommation.

Des années 1950 aux années 1980, le concept de dépendance est demeuré restreint à celui de pharmacodépendance, c'est-à-dire avant tout de dépendance physique à l'égard d'une substance psychoactive. La pharmacodépendance correspond à un état adaptatif de l'organisme, à un nouvel équilibre homéostasique atteint lorsque la consommation de certains produits s'est prolongée le temps nécessaire à cela : l'arrêt de la consommation, ou sevrage, induit un état particulier, le manque auquel le sujet devenu dépendant cherche à échapper par la reprise compulsive du produit (qu'il s'agisse de l'alcool, du tabac, de certains médicaments psychotropes ou des drogues illicites). Les signes du manque peuvent être d'ordre physique et/ou psychique, ce qui permet de distinguer une dépendance physique (à l'alcool, au tabac, aux opiacés notamment) et une dépendance psychique, celle-ci étant plus ou moins avérée selon les produits consommés, le contexte du sevrage et la personnalité du sujet.

Mais la notion de dépendance recouvre en fait un champ bien plus étendu : elle englobe toutes les "toxicomanies sans drogue" û étant entendu que, pour caractériser ces dernières, les spécialistes font plutôt appel à la notion d'addiction. En effet, la dépendance ne concerne plus tant dans ce cadre, l'objet (c'est-à-dire la drogue) que le sujet. Depuis les années 1980, le problème est progressivement recentré sur la personne qui, d'un usage est passé à une dépendance, aussi bien à l'égard d'une drogue que d'une pratique (jeu pathologique, achats compulsifs, etc.). Allant plus loin encore, on peut considérer que la majorité des activités humaines sont engagées dans un système de dépendance û comme tendent à le montrer les travaux du sociologue Albert Memmi (qui utilise la notion de pourvoyance). Il serait vain, par conséquent, de prétendre à une compréhension univoque et définitive du phénomène.

Le regard du pharmacologue sur les dépendances est bien sûr, historiquement, tourné vers les produits toxicomanogènes et leur action sur le cerveau. Les travaux récents portant sur le système de récompense permettent de proposer un modèle commun à la plupart des dépendances, mais n'expliquent pas pour autant les nombreux paradoxes ressortant de l'observation d'usagers de substances psychoactives : pourquoi les patients auxquels on administre des quantités croissantes de morphine pour traiter des douleurs ne signalent-ils qu'exceptionnellement des symptômes de sevrage lorsque l'administration de l'analgésique est arrêtée et qu'ils peuvent vivre à nouveau des activités gratifiantes ? Comment les soldats américains engagés au Vietnam, dont 75 à 80 % étaient devenus dépendants de l'héroïne, ont-ils pu sans problème "décrocher" à leur retour aux États-Unis ? Quelle est la participation de la pharmacologie au fait que les signes de sevrage des héroïnomanes puissent donner

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