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Alcoolisme

16/11/2015

Maladie chronique induite par la consommation répétée de boissons alcoolisées, pouvant occasionner des lésions parfois irréversibles du système nerveux central, du foie, du pancréas.

Buveur à risque, buveur excessif, buveur dépendant

Historiquement, les travaux sur l'alcoolodépendance furent initiés dans les pays anglo-saxons, d'une part par un médecin anglais, Thomas Trotter (1761-1832), qui vit dans l'intempérance une cause probable de folie, et, d'autre part, par un médecin militaire américain, Benjamin Rush (1745-1813) qui, en 1784, décrivit la perte de contrôle du malade dépendant vis-à-vis du produit et évoqua les dangers physiques et mentaux liés à une consommation excessive et chronicisée d'alcool. On doit à un clinicien suédois, Magnus Huss (1807-1890), le soin d'avoir, le premier, décrit une dépendance à l'alcool qu'il appela "alcoolisme chronique" (1849).

Ce n'est donc que depuis à peine plus d'un siècle que l'étude de l'alcoolisme et de ses aspects psychopathologiques est réellement entrée dans le champ de la recherche médicale. Pierre Fouquet fut le premier, en France, à aborder la dépendance pathologique qui lie l'alcoolique à son produit. C'est lui qui donna la définition la plus habituelle de la dépendance à l'alcool : la perte de la liberté de boire. Un psychiatre américain, E. M. Jellineck (1890-1963) proposa dans sa classification de l'alcoolisme (1960) le terme de "maladie alcoolique". Il faisait alors le lien entre la dépendance et les attitudes sociales permissives vis-à-vis de la consommation d'alcool. Cette conception, qui se retrouve dans l'idéologie de certains groupes d'anciens buveurs, définit la maladie alcoolique par la dépendance. G. Edwards et M.M. Gross établirent en 1976 la clinique du "syndrome de dépendance à l'alcool", qui fit l'objet des travaux d'un groupe d'experts de l'O.M.S. qu'ils dirigèrent, travaux qui furent déterminants dans les classifications de l'alcoolisme. Ils caractérisèrent ce syndrome par la ritualisation des modes de consommation de boissons alcoolisées, la primauté des comportements de recherche d'alcool, l'augmentation de la tolérance, la compulsion à boire pour prévenir les troubles du sevrage et, malgré tout, la récurrence des symptômes de sevrage : nausées, tremblements, sueurs et troubles de l'humeur.

La dépendance à l'alcool est donc l'association d'une altération de l'état psychobiologique, d'une altération du comportement vis-à-vis de l'alcool et d'une altération de l'état subjectif. L'altération de l'état psychobiologique est marquée par les symptômes de sevrage (psychique, plus rarement physique) apparaissant dès la première journée d'abstinence, l'ingestion d'alcool venant alors réduire le malaise provoqué par le sevrage. L'accoutumance en est le corollaire, avec augmentation progressive de la tolérance de l'alcool ingéré. L'altération du comportement vis-à-vis de l'alcool a comme témoin la moindre possibilité pour le sujet de moduler sa consommation. L'altération de l'état subjectif est marquée par l'incapacité de maîtriser la consommation d'alcool. En France, les travaux de Jean Adès et Michel Lejoyeux montrent l'intérêt du concept de dépendance en clinique alcoologique : c'est un concept dont la neutralité morale atténue le jugement porté sur le patient alcoolique, auquel il peut prêter aide en donnant sens à son comportement. Ce concept peut aussi contribuer à informer le patient de la sévérité du pronostic et permet l'orientation vers une prise en charge durable qui, dans la majorité des cas, incite à proposer à l'alcoolique dépendant une abstinence totale et durable.

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