Les salles de consommation à moindre risque (SCMR) visent un double objectif : améliorer la santé publique comme la tranquillité publique. Elles sont un élément d’une palette très large d’accompagnement et de soins pour des usagers de drogues qui s’injectent (notamment de l’héroïne), très marginalisés et pour lesquels ce dispositif est une première étape d’entrée dans le parcours de réduction des risques et de soin, y compris de sevrage quand le parcours de soin et d’insertion le permet.

Les salles de consommation à moindre risque s’inscrivent dans le processus historique de la réduction des risques mis en place dans le cadre de l’épidémie de sida, dont le partage de seringues entre injecteurs constituait l’une des causes majeures de la contamination (le décret de 1987, qui autorise la mise en vente libre des seringues pour personnes majeures en France, suivi du développement des médicaments de substitution à partir de 1994).

Dans un contexte d’augmentation du nombre des overdoses mortelles en France, ces dernières années, les salles de consommation à moindre risque permettent de maintenir des conditions garantissant l’hygiène et la sécurité de l’injection et d’éviter les overdoses mortelles ; il est à noter qu’aucune overdose mortelle ne s’est jamais produite dans les salles de consommation à moindre risque ouvertes dans le monde, certaines depuis plus de 10 ans.

Le contact avec une structure de réduction des risques telle que la salle de consommation à moindre risque peut aussi permettre à l’usager d’être en contact avec des assistants sociaux ou des éducateurs et d’envisager à terme d’améliorer leur situation sociale, en particulier vis-à-vis de l’accès à un hébergement.

Les études internationales suggèrent que « les centres d'injection supervisés (CIS), autre appellation pour les salles de consommation à moindre risque) ne conduisent pas à une augmentation des personnes qui s’injectent et de la fréquence d’injection […] Il n’existe pas de preuve que la présence de CIS augmente ou diminue la consommation de drogues chez les usagers ou dans la communauté ou bien qu’elle augmente les rechutes chez les usagers de drogues en traitement. »

Ces lieux répondent aussi à un objectif de tranquillité publique au profit des riverains (habitants et commerçants), qui pour l’instant sont confrontés aux nuisances liées à la pratique de l’injection de drogues dans la rue (en particulier le matériel d’injection usagé abandonné sur la voie publique et les injections qui peuvent s’effectuer dans les cages d’escalier ou les parkings). L’évaluation du dispositif à l’étranger conclut à son efficacité notamment pour « pacifier » l’espace public. L’évaluation avant et après l’ouverture d’une salle fait apparaître une réduction des scènes ouvertes de drogues, des nuisances, des intrusions dans les halls et les caves, une diminution des seringues abandonnées sur la voie publique ainsi que de la délinquance pouvant être liée à l’usage de drogues.

 

Les SCMR, d’abord une expérimentation qui sera évaluée

L’expertise collective menée par l'Inserm en 2010, concernait de manière générale les stratégies de réduction des risques associées à la consommation de stupéfiants. Cette expertise préconisait déjà la mise en place de dispositifs d’injection supervisés en France dans le cadre d’une expérimentation (à savoir accompagnée d’une évaluation du dispositif). Ces recommandations s’appuyaient notamment sur les résultats de plusieurs évaluations scientifiques dont une réalisée à Vancouver et qui a fait l’objet de nombreuses publications scientifiques internationales dont l’une dans la prestigieuse revue du Lancet en 2011. L’évaluation a ainsi démontré l’efficacité de ces dispositifs pour attirer des injecteurs à haut risque de contraction du VIH et de l’hépatite C vers des structures de soin, réduire le nombre d’overdoses mortelles, diminuer de manière significative les problèmes sécuritaires liés à l’usage de stupéfiants et en particulier les nuisances pour les riverains.

La Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives a été chargée par la ministre des affaires sociales, de la santé et des droits des femmes, de la coordination de l’expérimentation des salles de consommation à moindre risque. C’est après une période d’expérimentation d’une durée de six ans permettant leur évaluation, que la question se posera de la pérennité du dispositif. Il ne s’agit donc pas d’installer d’ores et déjà durablement le dispositif. L’évaluation indépendante sera menée par l’INSERM. Son objectif est d’évaluer la pertinence des salles d’injection à moindre risque en termes de morbidité et de mortalité des usagers de drogues, de pratiques à risque, notamment d’exposition au VIH et aux hépatites, d’évolution de l’ordre public, d’accès aux soins et aux dépistages du VIH et du VHC, de satisfaction des usagers et des riverains ainsi que de l’aide à l’insertion sociale. Une recherche sociologique sur un volet acceptabilité sociale et par les riverains des salles de consommation viendra compléter l’évaluation.

En aucun cas le dispositif des SCMR ne s’inscrit dans une logique de banalisation de la consommation : il ne s’agit pas de salles de confort pour fumeurs de cannabis, mais de dispositifs qui sont mis en place dans le prolongement des autres actions de réduction des risques mises en œuvre depuis plus de 20 ans en France. De la même manière, on n’encourage pas les personnes à consommer en leur distribuant des seringues propres. Ce prolongement est justifié par la nécessité d’élargir la palette des actions de RDR pour toucher les personnes les plus éloignées des dispositifs et dans un souci d’inscrire la réduction des risques dans la politique de réduction des inégalités de santé.

L’expérimentation pourra être mise en œuvre suite au vote du Projet de loi de modernisation de notre système de santé (article 9).