L'adolescence s’accompagne de nombreux changements physiologiques et physiques et constitue une phase de curiosité, de prises de risque et de défi durant laquelle le jeune recherche de nouvelles expériences associant souvent une certaine résistance aux règles établies.

Les adolescents manifestent des attentes/motivations très variées, le plus souvent en fonction du genre et socialement différenciées. Ils se révèlent peu sensibles à la mise en garde vis-à-vis des risques sanitaires à long terme car ils ne les perçoivent que comme un risque très lointain ne les concernant pas vraiment.

Pourtant, c’est à l’adolescence que le cerveau passe par plusieurs étapes clés de son développement pour être pleinement prêt à la vie adulte. L’expérimentation des drogues intervient précisément au moment où le cerveau, à cause de son immaturité, est le plus vulnérable à leurs effets toxiques. Ces effets sont d’autant plus délétères que ces consommations sont précoces (avant 15 ans) comme le montre les résultats de l’expertise Inserm Conduites addictives chez les adolescents, usage, prévention et accompagnement parue en 2014.

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Fonctionnement cérébral caractéristique de l’adolescence

L’adolescence se caractérise par une hypoactivation des régions corticales frontales encore immatures impliquées dans la planification et le contrôle du comportement et, à l’inverse, une hyperactivation de la région de l’amygdale impliquée dans les émotions, le stress et le conditionnement. Cette dernière structure est mature très tôt à l’adolescence. Ces niveaux d’activité qui sont aussi caractéristiques de l’addiction confèrent aux adolescents une vulnérabilité accrue aux comportements addictifs (figure : Mickaël Naassila).

 

L’expertise de l’Inserm recommande de sensibiliser les jeunes et leurs parents aux risques associés à la précocité de l’usage et de tout mettre en œuvre pour reculer l’âge des consommations, les limiter et les prévenir. L’expertise Inserm recommande de développer les programmes de prévention fondés sur la promotion descompétences psychosociales des jeunes pour retarder l’âge d’entrée dans la consommation de substances.

 

 

Les 10 compétences psychosociales définies par l’OMS et l’Unesco en 1993 (Life skills education in schools) :

  1. savoir gérer son stress 
  2. gérer ses émotions
  3. avoir conscience de soi
  4. avoir de l’empathie pour les autres
  5. savoir communiquer efficacement
  6. être habile dans ses relations interpersonnelles
  7. savoir résoudre des problèmes
  8. prendre des décisions
  9. avoir une pensée créative
  10. avoir une pensée critique

 

POURQUOI LES ADOLESCENTS SONT-ILS PLUS VULNERABLES AUX DROGUES ?

Le cerveau adolescent présente la particularité d’être dans un état unique de transition et de remodelage qui le rend plus vulnérable aux effets neurotoxiques des substances et à l’apparition de maladies mentales. Une zone du cerveau, le cortex préfrontal, qui permet la prise de décision, le jugement, la planification et la résolution de problèmes est plus particulièrement concernée par cette maturation à l’adolescence (qui se poursuit jusqu’à environ 25 ans) et est d’autant plus sensible aux effets des drogues qu’elle n’est pas encore développée.

Le cerveau de l’adolescent est plus vulnérable aux substances psychoactives que le cerveau de l’adulte.

La plupart des addictions à des substances débutent à l’adolescence, une période de développement cérébral intense. Depuis une dizaine d’années, des recherches en imagerie chez l’homme ont montré que l’adolescence s’accompagne d’importantes transformations cérébrales.

A cette période, on constate une augmentation du volume de substance blanche. Cette phase concerne particulièrement les structures cérébrales frontales impliquées dans la planification de l’action et l’anticipation des conséquences des comportements et dans la compréhension des règles sociales.

L’autre transformation se produit au début de la puberté pendant une phase de « synaptogénèse » caractérisée par l’apparition de nombreuses connexions synaptiques entre neurones. A la fin de l’adolescence, les synapses en surnombre disparaissent selon un processus d’« élagage naturel ».

Lorsque le cerveau est exposé aux drogues à l’adolescence, les études d’imagerie cérébrale (IRM structurelle et IRM fonctionnelle) révèlent des altérations dans l’architecture (volume et santé de la matière grise (neurones) et de la substance blanche ainsi que dans le fonctionnement (débit sanguin) du cerveau.

 

RISQUES COGNITIFS, RISQUES DE DEPENDANCE ET RISQUES POUR LA SANTE MENTALE

Concernant l’alcool, depuis quelques années, les recherches scientifiques internationales réalisées chez l’homme et l’animal en lien avec les progrès de l’imagerie cérébrale ont permis d’apporter un nouvel éclairage concernant les effets délétères immédiats et à long terme associés à la consommation d’alcool à l’adolescence.

Les études de neuroimagerie montrent que le cerveau adolescent est très sensible aux effets toxiques d’une consommation d’alcool massive. Les bitures express ou binge drinking qui impliquent une consommation d’alcool en quantité très importante à une vitesse record sont particulièrement neurotoxiques. Ces pratiques peuvent entraîner la destruction de deux à trois fois plus de neurones que dans un cerveau adulte et affecter l’apparition de nouveaux neurones (neurogénèse).

Il a été montré que l’initiation précoce d’alcool au début de l’adolescence multiplie par deux le risque de devenir alcoolodépendant par rapport à une initiation plus tardive vers la fin de l’adolescence (20 ans).

Le cannabis a longtemps été considéré comme une drogue « douce », récréative, sans conséquence sur la santé, faute de recherche scientifiques suffisantes sur cette substance. La première constatation qui revient le plus souvent dans les études (expertise Inserm 2014, rapport 2015 Les effets de la consommation de cannabis pendant l’adolescence du Canadian Centre on Substance Abuse - CCSA) est que le cannabis interfère avec les processus naturels de maturation cérébrale en particulier sur le développement des neurones, influant sur la cognition, le rendement scolaire, la motivation, la prise de risque et les habiletés psychomotrices. Son impact sur la structure et le fonctionnement de régions cérébrales essentielles aux fonctions exécutives, à la prise de décisions, à l’inhibition de réponses et à la planification, peut constituer une perte de chance pour le devenir des adolescents. En outre ces dernières années, on observe que les troubles associés à l’usage de cannabis représentent la première demande de soins dans les centres spécialisés en Europe et aux Etats-Unis.

Concernant le cannabis, la plupart des troubles mentaux de l’adulte trouvant leurs racines à l’adolescence, période de transformation cérébrale importante, l’autre constatation scientifique est que l’exposition au cannabis à l’adolescence augmente la vulnérabilité aux troubles psychotiques, en particulier les troubles schizophréniques. Un fonctionnement aberrant du système endocannabinoïde pourrait être directement lié à l’apparition de troubles psychiatriques et expliquer les effets nuisibles du cannabis sur l’évolution de ces troubles.

Concernant le tabac, les dommages sanitaires à long terme induits par le tabac sont très bien documentés : risques de cancers, en particulier des voies aérodigestives supérieures et des poumons, bronchites chroniques et pathologies cardiovasculaires. La difficulté de l’arrêt est souvent rapidement perçue par les adolescents ainsi que les symptômes associés tels que la prise de poids et l’irritabilité. Des études ont montré que le tabagisme est associé à des parcours scolaires plus difficiles et notamment à des abandons de scolarité plus nombreux. 

Révisé par le Pr Pier-Vincenzo PIAZZA, Grand Prix Inserm 2015