La neurobiologie et la neuro-imagerie permettent de constater de manière objective les effets des substances psychoactives sur le cerveau et les mécanismes conduisant à l’addiction.

COMMENT LES SUBSTANCES PSYCHOACTIVES AGISSENT-ELLES SUR LE CERVEAU ?

De nombreuses zones du cerveau peuvent être affectées par les substances psychoactives et avec elles les « fonctions » psychiques et physiques qu’elles activent : raisonnement, mémoire, sensations, vision, coordination, douleur.

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cerveau_inserm.jpg, par capgemini [1]

Le circuit de la récompense occupe un rôle central dans la mise en place et le maintien d’une addiction. Trois systèmes de neurones (dopaminergiques, sérotoninergiques et noradrénergiques) interviennent pour réguler le circuit : le dysfonctionnement de l’un d’entre eux peut générer l'addiction.

Les substances psychoactives perturbent la transmission entre les neurones des « informations » responsables de nos perceptions, sensations, émotions, humeurs. L’information qui circule entre les neurones par l’intermédiaire des neurotransmetteurs (substances secrétées par le neurone) est comme brouillée, les perceptions changent, les sensations sont aiguisées ou atténuées.

Les neurotransmetteurs ont un rôle de régulation sur le circuit de l’information entre neurones : certains la stimulent, l’accélèrent, ou l’atténuent ou la freine.

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synapse.jpeg, par capgemini [1]

Circuit d’information entre deux neurones

Exemple de la dopamine : le neuromédiateur (ici, la dopamine) secrété par le premier neurone traverse l’espace situé entre les deux neurones et rejoint le deuxième neurone où il se fixe sur des récepteurs. À chaque neuromédiateur correspond un récepteur spécifique, capable de le reconnaître et de le réceptionner.

Notre cerveau secrète près d’une centaine de neurotransmetteurs tels que la dopamine, la sérotonine, les opioïdes, les cannabinoïdes, l’endorphine, l’acétycholine. La zone de communication ou connexion entre deux neurones est appelée « synapse ». Le neurotransmetteur secrété par le premier neurone traverse l’espace situé entre les deux neurones et rejoint le deuxième neurone où il se fixe sur des récepteurs.

Certaines substances psychoactives ont la propriété d’imiter les neurotransmetteurs naturellement présents dans le cerveau pour se substituer à eux dans leurs récepteurs naturels.

 

A chaque neurotransmetteur correspond un récepteur spécifique, capable de le réceptionner.

  • La morphine, par exemple, se fixe dans les récepteurs à endorphine
  • La nicotine, dans les récepteurs à acétylcholine
  • Le THC, le principal principe actif du cannabis se fixe dans les récepteurs cannabinoïdes de type 1 (CB 1) du système endocannabinoïde

 

Le système endocannabinoïde

 

Découvert depuis seulement une trentaine d’années, on sait aujourd’hui que ce système entre en jeu dans la régulation d’une multitude de fonctions cérébrales qui vont de la mémoire et l’apprentissage jusqu’au contrôle de la motricité, en passant par la perception de l’anxiété et de la peur.

Le système endocannabinoïde stimule la croissance des cellules cérébrales et contrôle des fonctions telles que la motivation, l’humeur, l’activité motrice, l’appétit, le système immunitaire, la récompense, l’apprentissage et la mémoire. Ce système entre aussi en jeu dans la modulation d’autres systèmes de neurotransmetteurs comme le système dopaminergique.

Lorsque le principal principe actif du cannabis, le THC, arrive au cerveau, il inonde le système endocannabinoïde en ciblant les récepteurs cannabinoïdes de type 1 (CB1) en plus grandes quantités que les cannabinoïdes produits naturellement dans le cerveau au point que le système s’en trouve submergé et qu’il ne peut plus agir efficacement.

Ce détournement du système endocannabinoïde vient dérégler des processus neurophysiologiques complexes, perturber le rôle régulateur du système et entraîner des changements neurotoxiques dans des régions cérébrales critiques pour le fonctionnement du cerveau où sont présents les récepteurs CB1. Les récepteurs CB1 étant largement dispersés dans le cerveau, l’incidence néfaste du cannabis se fait sentir sur plusieurs types de comportements, allant du rendement scolaire à la motivation, en passant par des habiletés psychomotrices comme conduire une voiture.

 

 

PROCESSUS DE TRANSITION VERS L’ADDICTION

L’addiction est une affection cérébrale dont on commence à connaître les mécanismes grâce aux nombreuses études réalisées sur les animaux (rats, souris, singes) et sur l’homme via les techniques d’imagerie comme l’IRM fonctionnelle et l’IRM structurelle. L’imagerie permet d’étudier in vivo les modifications cérébrales associées à l’usage de substances.

Pour expliquer la difficulté de certains usagers à arrêter ou contrôler leur consommation on a longtemps mis en avant le rôle central d’un neurotransmetteur : la dopamine. Les substances psychoactives libèrent la dopamine qui active différentes zones du cerveau reliées entre elles (circuit de la récompense). Cette libération de dopamine procure un afflux de plaisir et en contrepartie de ce plaisir, la substance va demander au cerveau de continuer de consommer. Chez la personne dépendante, ce système est déréglé. L’absence de substance ou de stimulation crée un manque.

Des stimuli associés de manière répétée à la consommation de drogue (conditionnement), comme un lieu ou un moment de la journée toujours identique, peuvent à terme activer la libération de dopamine avant même la prise de la drogue. C’est ainsi qu’une dépendance psychique peut se créer, par exemple le besoin d’une cigarette au moment du café.

Ce phénomène peut expliquer comment des signaux de l’environnement (publicité, bar, odeur d’alcool) peuvent déclencher une rechute même après une longue période d’abstinence.

 

POURQUOI CERTAINS INDIVIDUS DEVELOPPENT-ILS UNE ADDICTION ALORS QUE D’AUTRES N’EN DEVELOPPENT PAS ?

Des chercheurs ont découvert que les usagers dépendants présentaient un manque de plasticité des synapses, c’est-à-dire que leurs neurones ne parviennent pas à se réorganiser entre eux pour contrecarrer les modifications cérébrales provoquées par la substance psychoactive.

Ce défaut de plasticité synaptique expliquerait que le comportement de ces usagers vulnérables persiste malgré les contraintes (difficulté à se procurer la substance, conséquences sur la vie sociale et la santé, etc.) et devienne de plus en plus compulsif entraînant une perte de contrôle et l’installation d’un trouble.

 

POM Bio à croquer - Plaisir et Addiction, par jconstant [2]

Film réalisé par Véronique Kleiner.

Production : Inserm/Universcience/CNDP/Picta Productions 2013, avec le soutien de la MILDECA et le soutien de l'investissement d'avenir (Estim).