Les paramètres influençant la consommation sont le sexe, l’âge, le niveau d’éducation, la classe socio-économique, l’absence d’activité. Si l’addiction n’épargne aucune catégorie sociale, elle répond initialement à des motifs différents et peut prendre des visages variables selon les groupes sociaux.

Certains facteurs peuvent favoriser une consommation, en aggraver les dommages ou, au contraire, les prévenir ou les atténuer.

 
FACTEURS DE RISQUES

Les facteurs de risques sont définis comme étant des caractéristiques individuelles et environnementales qui augmentent la probabilité de troubles associés à l’usage de substances.

  • Facteurs individuels : Les individus ne sont pas égaux face aux substances psychoactives. Les études faites sur des familles et des groupes de jumeaux ont montré que certains individus ont des prédispositions génétiques qui les rendront plus vulnérables aux troubles associés à l’usage de substances telles que l’addiction ou à l’apparition de pathologies psychiatriques. De plus les expériences de vie du sujet et en particulier le stress précoce ou chronique en modifiant le fonctionnement du cerveau peuvent rendre vulnérable à une addiction. Les effets environnementaux (expérience de vie) sont au moins aussi forts que les influences génétiques.
  • Les premiers effets ressentis lors de l’expérimentation : les premières prises de substances sont vécues différemment selon les usagers. Des études montrent que la réaction initiale d’une personne lors de sa première exposition est un solide indice de l’apparition d’une dépendance ou de troubles psychiatriques ultérieurs. La plupart des travaux soulignent que chez les adolescents, une première expérience positive avec des substances psychoactives peut influencer l’évolution de la consommation, favorisant des consommations régulières puis, potentiellement l’installation d’une dépendance. En revanche, les effets négatifs, tels que les effets psychotiques de type hallucinations visuelles et auditives lors de premières consommations de cannabis sont des facteurs prédictifs de l’apparition de troubles psychiatriques ultérieurs.
  • La précocité des consommations : l’adolescence est une période particulièrement critique en termes de vulnérabilité et d’exposition aux risques associés à l’usage de drogues. En effet dans cette période le cerveau n’a pas fini son développement et il est donc plus vulnérable aux effets de drogues.

 Une initiation précoce (avant 15 ans) et un maintien dans l’usage chez les adolescents augmente les risques de dépendance ultérieure, de troubles cognitifs et l’apparition de troubles psychiatriques.

Commencer à boire de l’alcool au début de l’adolescence multiplie par dix le risque de devenir alcoolo-dépendant à l’âge adulte. Un lien est établi entre un usage régulier de cannabis à l’adolescence et des symptômes psychotiques, particulièrement en cas d’antécédents familiaux ou personnels de troubles psychotiques. Dans ce cas, le risque d’avoir des symptômes psychotiques ou de recevoir un diagnostic de schizophrénie à l’âge adulte est multiplié par deux.

  • Le contexte de la consommation : consommer est plus risqué lorsque l’on est enceinte, que l’on conduit un véhicule, que l’on travaille sur un poste de sécurité ou sur un chantier.
  • Les produits consommés : les substances psychoactives présentent des degrés de toxicité différents et certaines substances sont « coupées » (mélangées) avec d’autres produits qui sont eux-mêmes toxiques.
  • La disponibilité des produits : à pouvoir addictif égal, un produit peu disponible touchera un nombre réduit de consommateurs et le nombre de dépendants sera moindre. Pour les produits licites la restriction de disponibilité passe par le prix : son augmentation est un levier dont l’efficacité pour réduire la consommation a été démontrée. La disponibilité des produits sur internet modifie également les conditions d’accessibilité des substances psychoactives, en particulier l’accès aux nouvelles substances psychoactives (NSP).
  • La valorisation des produits : de nombreuses recherches montrent comment l’introduction de nouvelles boissons alcooliques spécifiquement conçues pour plaire aux jeunes consommateurs contribue à valoriser l’image de l’alcool auprès d’eux. Grâce à des publicités ciblées en direction des jeunes, ces nouveaux produits finissent par être associés à la fête, à la musique, à la séduction, et même au sport (Tackling Alcohol Harmful use, Organisation for Economic Co-operation and Development - OCDE, mai 2015).
  • Les modalités de consommation : plus la dose (en quantité et/ou en concentration) est importante, plus les risques sont élevés. Certains risques sont plus particulièrement liés à des modes de consommation : les risques d’infections sont particulièrement importants en cas de pratique de l’injection ou du « sniff ».

 

La « polyconsommation » : la consommation simultanée ou étalée dans le temps de plusieurs drogues peut amplifier les risques pour la santé à moyen et long terme. C’est notamment le cas de l’association de l’alcool et du cannabis qui augmente certains risques immédiats ou à court terme ou de l’association fréquente « alcool et tabac » qui accroît les risques de cancers des voies aérodigestives supérieures (cancer du larynx, de la bouche, de l’œsophage).

Exemples de situations dans lesquelles la polyconsommation multiplie les risques :

• Conduire après avoir consommé du cannabis double le risque d’être responsable d’un accident mortel.

• Conduire après avoir bu de l’alcool multiplie ce risque par 8,5.

• Conduire après avoir « cumulé » cannabis et alcool multiplie ce risque par 15.

 

 

FACTEURS DE PROTECTION

  • La connaissance : la connaissance des produits et leurs risques ainsi que la connaissance de ses propres limites sont des facteurs de protection. Les jeunes peuvent avoir des opinions sur le cannabis qui reposent sur des informations erronées ou sur des messages contradictoires véhiculés par les médias, les pairs et les adultes. La promotion des connaissances scientifiques sur les effets neurobiologiques des substances est un enjeu prioritaire de la stratégie gouvernementale de lutte contre les drogues et les conduites addictives et fait l’objet d’un programme dédié porté par l’Inserm et l’association l’Arbre des connaissances : le programme Apprentis chercheurs MAAD - Mécanisme des addictions à l’alcool et aux drogues.
  • Les compétences psychosociales : Développer son esprit critique, résister aux influences (pairs, dealers, industrie du tabac et de l’alcool, etc.), adopter les comportements de prévention et de réduction des risques sont des facteurs de protection.
  • Les relations avec les proches (parents, famille, amis) : un climat familial favorable (bonne entente entre parents et jeunes, connaissance par les parents de l’entourage et des activités de leurs enfants) est associé à une probabilité plus faible d’installation d’un trouble lié à la consommation. L’influence du groupe d’amis ou de pairs est importante : les jeunes dont les amis consomment des produits psychoactifs présentent des niveaux de consommation plus élevés que ceux dont les amis ne consomment pas.
  • L’insertion sociale ou professionnelle : on observe que les consommations de substances psychoactives notamment ont tendance à diminuer ou à s’arrêter avec une meilleure insertion sociale ou professionnelle ou l’arrivée d’enfants.

Révisé par le Pr Pier-Vincenzo PIAZZA, Grand Prix Inserm 2015

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